LA HAUTE ROUTE DU 20 AU 26 AVRIL 2009
CHAMONIX – ZERMATT – 180 KM
1ER JOUR – Lundi 20 avril 2009
Refuge de la Boerne
Le premier jour nous avons rendez-vous à 14h00 au refuge de La Boerne au-dessus d’Argentière, en France. Première rencontre avec les caméras et présentations des participants – 13 - dont je suis le plus jeune. Ensuite, il est temps de faire notre promotion et nous voici un par un à l’interview d’une journaliste de TV Guide.
Dès 16h00, les guides ont formé deux groupes de même niveau pour la randonnée. Avec mon père nous nous sommes retrouvés dans le groupe du guide surnommé Fred. Ce guide est très expérimenté, il a déjà atteint plusieurs sommets à plus de 8'000 m d’altitude, signe particulier, il a perdu un doigt en faisant de la grimpe. Le deuxième guide est Erhard Lorétan qui est la troisième personne au monde a avoir gravi les 14 sommets à plus de 8'000 m d’altitude. Il est très connu et respecté dans le milieu de l’alpinisme. Chaque groupe sera accompagné par un preneur de son, un caméraman et selon les conditions météorologiques un hélicoptère. M. Benoît Aymon, le présentateur de l’émission, a suivi les groupes en peau de phoques avec son propre guide. Les équipes TV qui nous suivaient en peau de phoque avait également leur propre guide.
Après la formation des groupes, les guides ont procédé à une vérification du matériel afin que les participants ne s’encombrent pas de matériel inutile ou inadéquat. Les guides nous ont distribué le pique-nique pour le lendemain.
Puis un par un, les participants sont passés devant la caméra pour une interview personnalisée de Benoît Aymon avec comme fond d’écran la forêt environnante. En rentrant au refuge, première gaffe d’Axel, je m’étale de tout mon long dans la boue !
A 18h30 souper, préparation du sac à dos et dodo.
2ème JOUR – mardi 21 avril 2009
Grand Montet - Col du Chardonnet – Fenêtre de Saleina et Cabane du Trient
Réveil à 6h20 sous le soleil et déjeuner à 6h30 dans une humeur « matinale ». A 7h30 départ pour le téléphérique du Grand Montet. Puis longue attente jusqu’à l’ouverture du téléphérique à 8h30. Arrivée à 9h30 au sommet du Grand Montet à 3'500 m d’altitude. Notre premier effort est une belle descente d’environ 1h30 partiellement poudreuse en direction du Glacier d’Argentière. Première difficulté pour une participante qui a de la peine à skier hors piste avec des skis neufs qu’elle n’avait jamais testés.
Ensuite pour une première entrée en matière avec les peaux de phoque, c’est une montée très raide +800 m et des conversions techniques que nous affrontons pour atteindre le Col du Chardonnet. Ceci a représenté un effort de 3h00 entrecoupé par des prises de vue des cameramen ainsi que de l’hélicoptère. Un peu avant d’arriver au col, j’ai eu un grand « coup de barre » et le guide m’a tiré à l’aide d’une corde. Puis arrivée au Col ou nous profitons de notre pique-nique bien mérité et une longue attente s’ensuit ainsi qu’un peu de tension nerveuse car la face nord du Col du Chardonnet ne peut pas être descendu à skis mais en rappel avec les skis sur le dos ! C’est une descente à 50-60 degrés de plus de 150m. Au bas de cette difficulté, un cri de joie et beaucoup de satisfaction pour avoir passé la première vraie difficulté de l’étape. Ensuite, nous longeons à ski en direction de la Fenêtre de Saleina avant de remettre nos peaux de phoque pour arriver au pied de la Fenêtre de Saleina que nous gravissons à pieds avec les skis sur le sac à dos.
A partir de cette montée à pied et pour toutes les autres montées à pied qui suivirent, j’ai eu droit à un traitement de faveur car le guide me porta mes skis. La Fenêtre de Saleina atteinte, nous descendons à skis au pied de la Cabane du Trient. Une nouvelle fois nous mettons nos peaux pour une dernière montée jusqu’à la Cabane du Trient que nous atteignons à 18h00. A peine le temps de ranger les skis et d’entrer dans la Cabane que le temps se couvre et qu’il se met à neiger. Pendant la journée, nous avons vu des avions se poser sur les glaciers et pendant cette journée nous avons appris qu’un de ces avions s’était pris dans la neige et la glace et qu’il avait besoin de guides pour ramener l’équipage à la cabane du Trient car ils étaient entourés de crevasses. Après un excellent souper, un briefing nous apprend l’heure du lever du lendemain fixé à 5h45.
3ème JOUR – mercredi 22 avril 2009
Cabane du Trient – Col des Ecandies – Champex– Bourg St Pierre et Cabane de Valsorey
Départ de la Cabane du Trient à 6h30 avec le thé de marche dans les thermos servi à la Cabane et cerise sur le gâteau - magnifique soleil. Descente sur le glacier du Trient entre les crevasses jusqu’au pied du Col des Ecandies. Ensuite, c’est avec les skis sur le sac que nous rejoignons le Col des Ecandies. Au Col, nous descendons dans le Val d’Arpette dans de la neige mouillée. De là nous voyons plusieurs coulées de neige déclenchées les jours précédents à cause du poids de la neige. (C’est à cet endroit, que la semaine de notre retour il y eut encore une avalanche qui cette fois-ci a tué une personne qui faisait comme nous la Haute route).
Au bas du Val d’Arpette long schuss jusqu’à Champex Lac sur une route où nous avions de la peine à cibler la neige. A Champex, un bus nous attendait pour nous emmener à Bourg St Pierre. A Bourg St Pierre, un arrêt fut le bienvenu pour ceux qui avaient besoin d’aller à la pharmacie – les frottements dans les chaussures étaient très douloureux pour certains participants. A 10h30 départ pour la montée à la Cabane de Valsorey. Faute de neige, nous commençons la montée en portant nos skis ! Puis nous pouvons enfin mettre nos skis pour un long plat à travers la vallée et les gorges. Dans les gorges, nous avons traversé une rivière avec un monticule de cailloux où j’ai trébuché et atterrit sur le front ! Puis nous faisons une halte près d’une cabane de bergers et nous déjeunons. Tous les pique-niques étaient copieux, pain, saucissons, fromages, carottes, pommes, fruits et bien sûr du chocolat, nous faisaient apprécier la pause. Puis, nous continuons sur ce faux plat et au bout de la vallée, nous apercevons la Cabane du Valsorey adossée au flanc de la montagne. Mais nous n’y étions pas encore arrivés, car la Cabane était petite et nous avions un long bout à monter qui me parut interminable. Que de conversions dans cette montée, nous avions l’impression de faire que cela. Dans une dernière conversion, à cause de la fatigue ma jambe fléchit et j’ai glissé quelques mètres sans pouvoir m’arrêter. Heureusement, j’ai réussi à m’arrêter car je crois que je n’aurais pas eu le courage de refaire toute la montée. Arrivée à la cabane à 18h15 et souper à 18h30. Au moment du souper, nous avons eu droit à un gâteau d’anniversaire pour les 37 ans de Catherine. Isabelle, l’assistante de Benoît, nous expliqua que le gâteau était resté deux jours dans l’hélicoptère ! Un cameraman, un preneur de son et l’assistante étaient transportés de cabane à cabane en hélicoptère. Lors du repas, j’ai fait remarquer que le drapeau de la Cabane devrait plutôt se situer plus haut que la Cabane que plus bas car une fois atteint le drapeau, il reste encore de la montée avant de poser ses skis et cela est fort décourageant.
Les dortoirs de la cabane étaient très serrés. Il n’y avait même pas de place pour nos sacs à dos et dire qu’au souper nous avons eu droit au « chile con carne » . . . Le confort n’était pas au rendez-vous et nous nous sommes lavés les dents à l’eau minérale. Les quatre étoiles ce n’était pas pour ce soir là. La fatigue était grande et je ne me suis pas fait prier pour aller me coucher.
4ème JOUR – jeudi 23 avril 2009
Cabane de Valsorey – Plateau du Couloir – Col du Sonadon – Vallée de Chanrion et Cabane de Chanrion
Lever à 5h30. Petit déjeuner à 6h00 et préparation au départ. Puis départ incertain car des nappes de brouillard montaient. A ce moment-là, le stress me fit verser quelques larmes car normalement je déjeune et je pars sans attendre. Un quart d’heure après, tout se dégage et nous partons avec la crème solaire sur le visage en direction du Plateau du Couloir où nous atteignons un mur avec une pente de 60 degrés ! Nous mettons les crampons et nous prenons les piolets en mains pour gravir les 600m de dénivelé en 2h00 jusqu’au Plateau du Couloir. Pendant cette montée, l’émotion était très forte. Arrivé au sommet, un fort vent nous refroidissait et nous nous dépêchâmes de mettre les skis pour descendre jusqu’au pied du Col du Sonadon. De là, nous avons une magnifique vue sur le Grand Combin. Petite montée jusqu’au Col et ensuite longue descente de plus de 3 heures car les producteurs nous firent attendre plusieurs fois pour prendre des prises de vue dans ce décor magnifique. Au milieu de la descente, pour gâcher le plaisir, nous avons une petite montée au sommet de laquelle nous retrouvons les cameramen qui nous suivaient par hélicoptère.
Pendant le déjeuner, il y eut une petite interview de chaque personne dans le groupe où nous apprîmes certains faits de la vie privée des participants, notamment Catherine qui a la sclérose en plaques, et François, le doyen du groupe – 75 ans - qui eut un triple pontage coronarien. Puis descente en godillant dans la neige de printemps en direction du pied du glacier d’Otemma. Dans la descente, nous fûmes souvent ralentis par quelques chutes de Pascal et Catherine, mais nous prenons cela dans le calme et la bonne humeur. Ouf, je ne suis pas le dernier ! Puis nous mettons les peaux pour une courte montée d’une heure vers la Cabane que nous atteignons à 16h30. Installation dans les dortoirs où Caroline fit quelques massages et donna une aspirine à mon père car il ne se sentait pas bien. Mais heureusement tout rentra dans l’ordre après 2h00. Puis souper, écriture de mon journal de bord et dodo.
5ème JOUR – vendredi 24 avril 2009
Cabane de Chanrion – Glacier d’Otemma et Cabane des Vignettes
Réveil, déjeuner puis départ à 7h00 de Chanrion, sous le soleil mais avec un fort vent qui nous glace le visage en descendant jusqu’à une gorge au pied du glacier d’Otemma. La neige était dure car gelée dû au froid mais la descente était très courte. Au niveau de la gorge nous mettons les peaux de phoque pour rejoindre le début du glacier. Là c’est 8km de montée qui nous attendent pour arriver au sommet du glacier et à la cabane des Vignettes. Au début du glacier nous voyons un tunnel de glace qui délimite le début du glacier. Après 3h00 d’effort dans la montée, Brice s’aperçoit qu’il a oublié son piolet à la Cabane de Chanrion. La montée est monotone, nous avons l’impression de faire du surplace, la seule chose que nous observons c’est la météo qui se dégrade et il commence à neiger et la visibilité est de 2 m à cause du brouillard qui a envahit notre route. Puis arrivée au glacier d’Otemma sans s’être arrêtés pour manger et nous montons une dernière montée très raide et glacée.
Enfin arrivée à 14h30 sur une crête avec de fortes rafales de vent où nous voyons la Cabane des Vignettes adossée à un rocher. Une fois arrivés à la Cabane nous déposons les skis et faisons sécher le matériel (les peaux de phoques). Une fois installés, nous mangeons notre pique-nique à la cabane bien à l’abri et au chaud. Le reste de l’après-midi, avec Gaël et Pietro, nous parlons avec Fred des exploits de Erhard Lorétan et de ses différentes ascensions. C’est là que nous apprenons que plusieurs fois en gravissant le Cervin il a vu des gens tomber dans le vide et faire des chutes de plus de mille mètres. Il nous raconta aussi qu’un jour au Nenga-Parbat, il vu deux beaux crampons au milieu d’une avalanche et en prenons les crampons il s’aperçut qu’il y avait un corps au bout. Avant le souper, Benoît Aymon nous fait une petite interview pour savoir comment se passe cette aventure. Puis souper et avant de dormir nous parlons avec les guides, car le reste de la semaine du mauvais temps était annoncé avec beaucoup de nuages et par conséquent le parcours du lendemain était incertain. Le soir des rafales de vent à 120 km/h soufflaient et il y avait une épaisse couche de brouillard. Et enfin, je vais dormir, car je me réserve pour demain qui sera la dernière étape difficile.
6ème JOUR – samedi 25 avril 2009
Cabane des Vignettes – Col de l’Evêque – Plan Bertol et Cabane de Bertol
Tôt le matin, à notre grande surprise il faisait très beau. Nous avions de la chance avec la météo et toutes les incertitudes de la veille se sont évanouies. Ciel bleu, soleil et poudreuse grâce à la neige qui était tombée durant la nuit. Départ skis au pied, pour descendre le glacier d’Otemma. Une fois arrivés au bas du glacier, nous mettons les peaux de phoque et nous nous encordons car la montée du Col de l’Evêque est très crevassée. La montée n’est pas très longue, mais elle se trouve dans un entonnoir et il fait très froid. J’ai dû lever ma cale à la main sans le gant et ma main a failli geler tellement il faisait froid. Nous nous faisons dépasser par l’équipe des caméras qui nous filme dans cette magnifique montée où nous sommes entourés du Mont Colon, du petit Mont Collon et du Pigne d’Arolla. Arrivés au Col de l’Evêque, nous voyons les Bouquetins (une chaîne de montagne) Tête Blanche, le Grand Combin et bien d’autres montagnes à perte de vue. Puis magnifique descente dans la poudreuse. Là l’hélicoptère, nous filme en train de godiller dans cette magnifique poudreuse qui m’arrivait jusqu’au mollet.
Puis descente sur le haut glacier d’Arolla jusqu’à son pied où nous mettons les peaux pour gravir la dernière mais longue montée jusqu’à la Cabane de Bertol. Nous commençons par une petite montée technique avec les couteaux qui nous amène jusqu’à Plan Bertol où nous dînons. De ce lieu nous voyons la cabane qui est perchée sur un rocher tout au fond de la vallée. Après dîner, nous gravissons cette longue montée où nous sommes filmés par les cameramen qui nous suivent en peaux de phoque et également par l’hélicoptère. Au pied de la Cabane de Bertol, nous déposons les skis, car pour atteindre l’entrée de la cabane, nous empruntons des échelles vertigineuses. Puis premier aperçu de la Dent Blanche, de la Dent d’Hérens, du Cervin et de Tête Blanche que nous gravirons le lendemain pour rejoindre Zermatt. Arrivée vers 16h30, où nous nous installons dans les dortoirs. Comme d’habitude le repas est servi vers 18h30. Après le souper, j’eus l’opportunité de goûter le café valdotain. C’est un café arrosé de liqueur servi dans un récipient qui s’appelle la grolle et qui a plusieurs embouts servant à boire le café parmi plusieurs convives. J’ai goûté une fois et apprécié le goût mais j’avoue que c’est assez fort. Puis nous allons nous coucher et nous nous réjouissons de parcourir le dernier jour et d’arriver à Zermatt où notre famille nous attend.
7ème JOUR – dimanche 26 avril 2009
Cabane de Bertol – Tête Blanche – Mur du Stocki - Zermatt
Premier réveil à 4h30, mais on nous prie de nous recoucher car dehors c’est la tempête, neige, brouillard et fort vent. Le deuxième réveil est fixé à 6h00 pour faire le point. Nous déjeunons à 6h30 et attendons un moment propice pour sortir car dehors c’est toujours la tempête. Enfin à 8h30, une accalmie qui nous permet de nous mettre en route. Dehors il neige et nous nous faisons fouetter le visage par des rafales de vent à 120km/h et le brouillard n’arrange pas les choses. Nous avons enfilé toutes les couches d’habit que nous avions et le sac paraît très léger. Au pied des échelles nous mettons les skis et descendons jusqu’au pied de Tête Blanche. Puis montée en peaux de phoque jusqu’à un plateau juste en dessous du Col de Tête Blanche. Nous nous encordons pour la montée et la descente qui s’ensuit car en haut le vent souffle constamment à 120km/h. Mais les cameramen nous font attendre en haut dans le froid afin qu’ils puissent se préparer pour prendre des prises de vue dans la descente. En discutant avec mon père, je m’aperçois qu’il avait une partie de sa barbe qui avait gelé. En effet, il n’avait pas de cagoule car elle était au fond de mon sac sans que je le sache ! Etant donné que toutes les cabanes étaient d’une part très peu spacieuses et très courues en cette période d’année, le challenge tous les matins était de ne rien égarer de nos affaires.
Puis descente encordés dans le brouillard où nous ne pouvons pas apprécier la vue sur le Cervin. La descente, encordés, se fait en chasse neige. Malheureusement pour moi, vu que je fais pratiquement plus que du snow-board, j’avais oublié comment faire du chasse neige et j’ai plutôt fait du dérapage que du chasse neige. Avant le Mur du Stocki, montée légendaire de la grande Patrouille des glaciers, mais que nous faisons à la descente, nous enlevons les cordes pour faire une longue descente sur un glacier plus ou moins plat où nous traversons à flanc de coteaux dans la neige de printemps jusqu’à une route où nous sommes obligés d’enlever les skis. Nous montons donc avec les skis sur le sac jusqu’aux pistes de ski où nous faisons 3km de pas de patineur jusqu’à Furi qui se trouve au-dessus de Zermatt. A Furi, c’est presque la fête, car la TSR nous invite dans un restaurant à 16h00 pour nous féliciter. Car jusque là nous n’avions pas fait de pause à cause du froid et nous avions l’estomac creux. Puis des taxis viennent nous chercher pour descendre à Zermatt où une dernière prise de vue sera prise du groupe marchant de l’église au milieu du village jusqu’à la gare de Zermatt. A la gare, un bus nous descend jusqu’à Täsch ou nous nous séparons du groupe avec une certaine joie mais aussi une certaine tristesse de voir notre aventure se terminer. Nous avons vécu quelque chose de fort où nous avons passé par toutes sortes d’émotions et la routine de l’école ou du travail va nous paraître bien monotone. Ma maman et ma sœur nous ramènent rapidement à la maison où une bonne douche ainsi qu’un lit bien douillet nous attendent.
Epilogue
Je recommencerais cette aventure aujourd’hui même et j’encourage tous mes amis à faire une telle expérience ; pas celle de la télévision, mais celle de l’effort et du plaisir à être en groupe et à mieux connaître ses limites voire même de se surprendre à faire des choses dont on ne pensait pas être capable.
Axel, le benjamin du groupe